Un grand mamamouchi
Façon désinvolte et ostensiblement méprisante de désigner quelqu’un qui a un titre important, mais qu’on a oublié, ou qu’on affecte d’oublier.
Car un « grand mamamouchi », c’est bien vague, et le protocole ne souffre guère ces incertitudes.
C’est aussi une expression érudite, car on ne l’emploie pas sans songer au Bourgeois Gentilhomme de Molière, Monsieur Jourdain cherche à faire oublier ses origines bourgeoises et « se mêle de hanter la noblesse ».
Pour gendre, il veut un gentilhomme et refuse Cléonte qui aime sa fille, mais qui ne la fera jamais marquise.
Le valet de Cléonte invente un stratagème : il fait passer son maître pour le fils du Grand Turc et déclare à Monsieur Jourdain l’amour du prétendu fils du Grand Turc pour sa fille. Il promeut Monsieur Jourdain au rang de Grand Mamamouchi… qui est une certaine grande dignité de (ce) pays… Madame Jourdain surgit au milieu de la cérémonie (V, 1)
Madame Jourdain
Ah ! Mon Dieu ! Miséricorde ! Qu’est-ce que cela ? Quelle figure ! Est-ce un Momon que vous allez porter ? et est-il temps d’aller en masque ? parlez donc, qu’est-ce donc que ceci ? Qui vous a fagoté comme cela ?
Monsieur Jourdain
Voyez l’impertinente, de parler de la sorte à un mamamouchi !
Madame Jourdain
Comment donc ?
Monsieur Jourdain
Oui, il me faut porter du respect maintenant, et l’on vient de me faire Mamamouchi.
Madame Jourdain
Que voulez vous dire avec votre Mamamouchi ?
Monsieur Jourdain
Mamamouchi, vous dis-je. Je suis Mamamouchi
Madame Jourdain
Quelle bête est-ce là ?
Monsieur Jourdain
Mamamouchi, c’est-à-dire, en notre langue, Paladin.
Madame Jourdain
Baladin ? Etes-vous en âge de danser des ballets ?
Monsieur Jourdain
Quelle ignorante ! Je dis Paladin : c’est une dignité dont on vient de ma faire la cérémonie
On comprend aisément l’impertinence qu’il y a à appeler quelqu’un du nom d’une distinction imaginaire, inventée, qui plus est, pour satisfaire au « snobisme » de Monsieur Jourdain.
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