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 LES VOYAGES DU CAPITAINE JEAN

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Jippy

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MessageSujet: Re: LES VOYAGES DU CAPITAINE JEAN   Lun 13 Nov - 15:07

«Prépare le vin et l'eau-de-vie et tout ce qu'il faut; demain nous
irons à la ferme et nous porterons tout cela aux bergers pour qu'ils se
divertissent.»

La femme suivit cet ordre et prépara tout ce qu'on lui avait commandé.
Le lendemain, quand ils furent à la ferme, le maître dit le soir aux
bergers:

«Amis, rassemblez-vous, mangez, buvez, amusez-vous; je veillerai cette
nuit pour garder les troupeaux à votre place.»

Il fit comme il avait dit, et garda les troupeaux. Quand vint minuit,
les loups se mirent à hurler et les chiens à aboyer; les loups disaient
dans leur langue:

«Laissez-nous venir et faire du dommage; il y aura de la viande pour
vous.»

Et les chiens répondaient dans leur langue:

«Venez, nous voulons nous rassasier une bonne fois.»

Mais, parmi ces chiens, il y avait un vieux dogue qui n'avait plus que
deux crocs dans la gueule; celui-là disait aux loups:

«Tant qu'il me restera mes deux crocs dans la gueule, vous ne ferez pas
de tort à mon maître.»

Le père de famille avait entendu et compris tous ces discours; quand
vint le matin, il ordonna de tuer tous les chiens et de ne laisser en
vie que le vieux dogue. Les valets étonnés disaient:

«Maître, c'est grand dommage.»

Mais le père de famille répondait:

«Faites ce que je dis.»

Il se disposa à retourner chez lui avec sa femme, et tous deux se mirent
en route; le mari monté sur un beau cheval gris, la femme assise sur une
haquenée qu'elle couvrait tout entière des longs plis de sa robe.

Pendant qu'ils marchaient, il arriva que le mari prit de l'avance et que
la femme resta en arrière. Le cheval se retourna et dit à la jument.

«En avant! plus vite! pourquoi ralentir?»

La haquenée lui répondit:

«Oui, cela t'est facile, toi qui ne portes que le maître; mais moi, avec
ma maîtresse, je porte des colliers, des bracelets, des jupes et des
jupons, des clefs et des sacs à n'en plus finir. Il faudrait quatre
boeufs pour traîner tout cet attirail de femme.»

Le mari se retourna en riant; la femme, en ayant fait la remarque,
poussa la jument et, après avoir rejoint son époux, lui demanda pourquoi
il avait ri.

«Mais, pour rien; une folie qui m'a passé par l'esprit.»

La femme ne trouva pas la réponse bonne, elle pressa son mari de lui
dire pourquoi il avait ri. Mais il résista et lui dit:

«Laisse-moi en paix, femme; qu'est-ce que cela te fait? Bon Dieu! je ne
sais pas moi-même pourquoi j'ai ri.»

Plus il se défendait, plus elle insistait pour connaître la cause de sa
gaieté. A la fin, il lui dit:

«Sache donc que si je révélais ce qui m'a fait rire, je mourrais à
l'instant même.»

Mais cela n'arrêta pas la dame; plus que jamais elle tourmenta son mari
pour qu'il parlât.

Ils arrivèrent à la maison. En descendant de cheval, le mari commanda
qu'on lui fit une bière; quand elle fut prête, il se mit devant la
maison et dit à sa femme:


* Attention, il y a bière et bière....... apeuré

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Jippy

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Age : 73
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MessageSujet: Re: LES VOYAGES DU CAPITAINE JEAN   Mar 14 Nov - 14:56

«Vois, je vais me mettre dans cette bière, je te dirai alors ce qui m'a
fait rire; mais aussitôt que j'aurai parlé, je serai un homme mort.»

Et alors il se mit dans la bière, et comme il regardait une dernière
fois autour de lui, voici le vieux chien de la ferme qui s'approche de
son maître et qui pleure. Quand le pauvre homme vit cela, il appela sa
femme et lui dit:

«Apporte un morceau de pain et donne le au chien.»

La femme jeta un morceau de pain au chien, qui ne le regarda même pas.
Et voici le coq de la maison qui accourt et qui pique le pain et alors
le chien lui dit:

«Misérable gourmand, peux-tu manger quand tu vois que le maître va
mourir!»

Et le coq lui dit:

«Qu'il meure! puisqu'il est assez sot pour cela. J'ai cent femmes; je
les appelle toutes quand je trouve le moindre grain et aussitôt qu'elles
arrivent, c'est moi qui le mange; s'il y en avait une qui s'avisât de le
trouver mauvais, je la corrigerais avec mon bec; et lui, qui n'a qu'une
femme, n'a pas l'esprit de la mettre à la raison!»

Aussitôt que le mari entend cela, il saute bien vite à bas de la bière,
il prend un bâton et appelle sa femme dans la chambre:

«Viens, je te dirai ce que tu as si grande envie de savoir.»

Et alors il la raisonne à coups de bâton en disant:

«Voilà, ma femme, voila!»

C'est de cette façon qu'il lui répondit, et jamais depuis la dame n'a
demandé à son époux pourquoi il avait ri.




X

CONCLUSION


Telle fut la dernière histoire du Dalmate; ce fut aussi la dernière de
celles que, ce jour-là, me conta le capitaine. Le lendemain il y en eut
d'autres, et d'autres encore le surlendemain.

Le marin avait raison, sa bibliothèque était inépuisable; sa mémoire ne
se troublait jamais; sa parole ne s'arrêtait pas; mais à toujours conter
on ennuie le lecteur; d'ailleurs, il faut garder quelque chose pour
l'année prochaine. Peut-être alors retrouverons-nous le capitaine et
demanderons-nous des leçons à sa douce sagesse.

En attendant, chers lecteurs, je me sépare de vous avec les adieux que
m'adressait chaque jour l'excellent marin: «Mon ami, sois sage, obéis
à ta mère, fais bien tes devoirs, afin que demain on te permette
d'entendre mes contes; le plaisir n'est bon qu'après la peine; celui-là
seul s'amuse qui a bien travaillé. Et maintenant, ajoutait-il en me
prenant la main, je te recommande à Dieu.»

Adieu donc, amis lecteurs, comme disent nos vieux livres; adieu, amies
lectrices; puisse la sagesse du capitaine Jean vous profiter assez pour
rendre chacun de vous aussi bon et aussi laborieux que son père; aussi
doux et aussi aimable que sa mère! c'est le dernier voeu de notre vieil
ami.


Edouard Laboulaye.

Le titre complet de ce conte extrait des CONTES BLEUS est:
LA SAGESSE DES NATIONS OU LES VOYAGES DU CAPITAINE JEAN




L

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Suzanne

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MessageSujet: Re: LES VOYAGES DU CAPITAINE JEAN   Mar 14 Nov - 15:13

Bravo Jippy pour ce récit Très content je n'ai pas toujours été d'accord avec la vision de cet écrivain , mais c'est un conte sceptique et chacun y trouve son compte probablement Exclamation

Mais cela valait la peine d'être lu fouduroy
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